Décollage du lanceur Ariane ECA, VA251 le 16 janvier 2020 depuis le centre spatial guyanais. Le lanceur a place en orbite les satellites de télécommunication Eutelsat Konnect et GSat-30.

La France vient d’effectuer cette semaine du 8 au 12 mars ses premiers exercices militaires dans l’espace. La campagne a été nommée AsterX en hommage au premier satellite français Asterix lancé en 1965 et à l’imbattable petit héros gaulois. Michel Friedling, le directeur du commandement spatial français a désigné cet exercice comme « un test de haute intensité » des équipements et des systèmes spatiaux. Parmi les scénarios utilisés dans ces exercices : l’approche d’un satellite étranger doté d’un bras robotisé, des manœuvres d’évitement, la simulation d’une rentrée subite dans l’atmosphère d’un satellite potentiellement attaqué… La nouvelle « Space Force » américaine et l’agence spatiale allemande se sont également joints à ces exercices, qui ont mobilisé une soixantaine de personnes au total.

Le commandement spatial français a été créé en 2019 et devrait atteindre les 500 membres en 2025. La ministre de la défense Florence Parly a déclaré  : « nos alliés et nos adversaires sont en train de militariser l’espace… nous devons agir. » La France va ainsi construire des lasers anti-satellite et développer ses capacités de surveillance de l’espace orbital. Le programme spatial français représente une enveloppe budgétaire de 4.3 milliards d’euros, ce qui est peu comparé aux budgets américains et chinois. Cette présence militaire française dans l’espace orbital peut être considérée comme une réponse à l’interception de communications par un satellite russe en 2018 qui s’était dangereusement rapproché d’un satellite franco-italien. La France avait dénoncé cette manœuvre russe comme un « acte d’espionnage ».

Cette militarisation progressive de l’espace (on se souvient de la Chine détruisant l’un de ses propres satellites avec un missile le 11 janvier 2007) va à l’encontre du Traité de l’espace de 1967 qui faisait de l’espace un sanctuaire pacifique. Officiellement, les États disposent d’un accès libre à l’espace, sans pouvoir s’en approprier des zones. Le traité interdit aussi le déploiement d’armes nucléaires en orbite autour de la Terre. En outre, il interdit toute utilisation de l’espace à des fin militaires, le test d’armes spatiales, et… les exercices militaires en orbite. De toute évidence la situation géopolitique en 2021 ne correspond plus à celle des années 60 et l’espace, secteur stratégique depuis toujours, est désormais beaucoup plus occupé et utilisé, notamment avec la révolution numérique depuis le début des années 2000. Cette évolution devrait contribuer à favoriser l’émergence d’un nouveau Traité de l’Espace car faute de gouvernance internationale, l’orbite basse terrestre sera une zone de plus en plus chaotique, et risquée.

Sources : Le Figaro, Phys.org, Le Point